Lecteurs, soyez les bienvenus, et pensez paysan
Les paysans, qu’ils soient éleveurs ou agriculteurs, ont assuré la survie de l’humanité depuis 10.000 ans sans mettre en péril son environnement. Depuis la révolution néolithique, pendant des milliers d’années, ils ont constitué l’immense majorité des êtres humains et produit la base matérielle de toutes les sociétés structurées en classes, dans des conditions souvent très dures, mais durables à l’échelle planétaire.
Cependant, depuis le 15ème siècle, ils sont partout les principales victimes des massacres et des violences liés à l’expansion du capitalisme sous toutes ses formes : commerciale, militaire pour la conquête des marchés, coloniale pour celle des matières premières, financière pour l’exploitation de leurs forces de travail.
Aujourd’hui, les paysans constituent encore la majorité des êtres humains, mais subissent des agressions sans précédent de la part des principaux acteurs de la mondialisation capitaliste. Leur existence est en jeu face à la déforestation frénétique, à la dévastation des ressources halieutiques, à l’accaparement de territoires immenses par les multinationales de la chimie et de l’agro-business, à la pollution des sols, des eaux, des océans et de notre atmosphère par des systèmes productifs que gouvernent des intérêts privés monopolisés, échappant à toute règle d’intérêt général.
Or la survie de l’humanité dépend de celle des paysans, pour au moins deux raisons essentielles :
D’une part le capitalisme mondialisé, vecteur d’inégalités et de disparités de plus en plus insupportables, est incapable d’intégrer trois milliards de paysans (et malgré l’exode rural et l’extension des bidonvilles ce nombre augmente sans cesse) dans des systèmes sociaux, économiques et culturels répondant aux besoins et aux aspirations de toute la population de notre planète. Ainsi la mondialisation capitaliste, au delà des insécurités climatiques, environnementales, économiques et sociales qu’elle génère, au delà des ravages d’une politique guerrière de relations internationales qui l’accompagne, nous conduit vers une barbarie culturelle et sociale sans précédent si l’ensemble des êtres humains ne parviennent pas à y mettre un terme et à construire un autre monde.
D’autre part les paysans, grâce à leur expérience technique et culturelle et à la place qu’ils occupent encore dans notre monde, sont les meilleurs porteurs de deux principes que nous devrons nécessairement appliquer collectivement pour faire face à cette mondialisation capitaliste et pour trouver un nouveau cheminement de survie durable pour le futur : le principe de respect des cycles naturels de notre écosystème terrestre, et le principe de solidarité humaine seul capable de garantir un avenir de paix et de coopération entre les peuples.
Marc Ollivier